Un simple “Yes” posté sur X. C’est tout ce qu’Elon Musk a jugé utile d’ajouter en avril 2026, en réponse à un message de Peter Diamandis évoquant une valorisation de 1 750 milliards de dollars pour SpaceX. Pas de communiqué de presse. Pas de conférence. Un monosyllabe pour confirmer ce qui serait la plus grande introduction en bourse de l’histoire américaine.
Le dossier S-1 déposé auprès de la SEC est lui beaucoup plus bavard. Trente-six pages de facteurs de risque. Un marché total adressable estimé à 28 000 milliards de dollars. Et une rémunération du dirigeant conditionnée, entre autres jalons, à l’établissement d’une colonie sur Mars. SpaceX ne vend pas des actions. SpaceX vend une eschatologie.
Un dépôt S-1 qui réécrit les records de Wall Street
L’IPO est envisagée pour juin 2026, sur le Nasdaq. La levée cible avoisinerait les 75 milliards de dollars, ce qui pulvériserait le précédent record établi par Saudi Aramco en 2019 avec 29 milliards. Si la valorisation de 1 750 milliards se confirme, SpaceX dépasserait au moment de son introduction la capitalisation de presque toutes les entreprises cotées actuellement aux États-Unis.
Reuters a confirmé ces chiffres dès le 21 avril 2026. Le Financial Express les a repris le 22 mai. Des variantes circulent encore, autour de 30 milliards levés pour une valorisation de 1 500 milliards selon The Economic Times début avril. Les paramètres précis restent en négociation. La direction de l’opération, elle, ne l’est pas.
Ce qui est nouveau dans ce dossier, c’est la présence de xAI. La fusion entre SpaceX et la start-up d’intelligence artificielle d’Elon Musk, annoncée début 2026, est désormais intégrée à la mécanique de l’IPO. L’entité combinée était alors valorisée autour de 1 250 milliards de dollars selon Yahoo Finance. SpaceX ne se présente plus seulement comme une entreprise de lanceurs et de satellites. Elle se présente comme une infrastructure planétaire dotée d’une colonne vertébrale en IA.
Rockets, Grok et procès perdus : l’empire Musk sous tension
L’intégration de xAI n’est pas qu’un argument marketing pour fonds d’investissement en quête de récit. Elle répond à une logique industrielle : Starlink génère des données massives, Starship exige des capacités de calcul pour ses systèmes autonomes, et xAI apporte les modèles. Sur le papier, la convergence est cohérente. Sur les marchés, elle justifie une prime de valorisation que peu d’analystes auraient osé écrire il y a dix-huit mois.
Musk orchestre tout cela alors qu’il vient d’essuyer un revers judiciaire. Le 18 mai 2026, un jury fédéral californien a rejeté sa plainte contre OpenAI et Sam Altman, la juge Yvonne Gonzalez Rogers ayant statué sur une question de prescription. Musk a annoncé sur X vouloir faire appel devant la Cour d’appel du neuvième circuit, estimant que l’affaire avait été close sur “a statute-of-limitations technicality” plutôt que sur le fond. Traduction : le combat contre ses anciens partenaires n’est pas terminé, mais il est pour l’instant mis en attente.
Cette défaite judiciaire intervient au pire moment symbolique. Musk présente xAI comme un concurrent frontal d’OpenAI, intégré à son empire industriel, pendant qu’un tribunal californien refuse d’instruire ses griefs contre Sam Altman au fond. À Gotham, on appellerait ça un mauvais timing pour le héros.
Ce que l’Europe et les investisseurs institutionnels vont devoir décider
Pour les fonds européens, le dossier pose une question concrète. Investir dans SpaceX à 1 750 milliards, c’est parier simultanément sur Starlink, Starship, xAI et la crédibilité de Mars comme horizon stratégique documenté dans un prospectus officiel. C’est aussi prendre une exposition directe à un dirigeant dont les prises de position politiques ont retourné plusieurs conseils d’administration ces derniers mois.
En France, les gestionnaires d’actifs qui ont participé aux tours privés de SpaceX devront arbitrer entre la performance attendue d’une introduction à ce niveau et les contraintes ESG croissantes de leurs mandats. L’IPO de juin 2026 ne sera pas qu’un événement de marché américain. Elle forcera des décisions d’allocation dans toutes les grandes places financières.
Si la colonie sur Mars est dans le prospectus, qui décide qu’elle est un risque acceptable ?

