625 millions de dollars. C’est la somme qu’IREN, entreprise australienne spécialisée dans le minage de cryptomonnaies et les infrastructures haute densité, a déboursé pour s’offrir Mirantis. Un nom qui parle aux ingénieurs DevOps : Mirantis est l’un des acteurs historiques du cloud open source, ancien partenaire privilégié d’OpenStack, reconverti depuis plusieurs années sur Kubernetes et les environnements de conteneurs.

Le deal a été annoncé début 2025. IREN, coté au Nasdaq, n’en est pas à son premier pivot. La société a quitté progressivement le pur minage Bitcoin pour construire des datacenters destinés à l’IA générative. Mirantis est la pièce suivante de ce puzzle.

Une acquisition qui relie les datacenters à la couche logicielle

Mirantis n’est pas un éditeur SaaS grand public. La société opère dans les entrailles de l’infrastructure cloud : orchestration de conteneurs, distribution Kubernetes managée, outils de déploiement pour les équipes plateforme. Ses clients sont des entreprises qui veulent garder la main sur leur stack plutôt que de tout déléguer à AWS ou Azure.

IREN apporte la puissance de calcul brute. Des racks de GPU Nvidia, des datacenters refroidis à haute densité, une capacité installée qui tourne autour de 52 mégawatts selon les dernières communications du groupe. Mirantis apporte la couche d’abstraction : les outils pour déployer, gérer et faire tourner des charges de travail IA sur cette infrastructure.

L’idée est lisible. Vendre aux entreprises un package complet : le métal et le logiciel. Une offre verticalement intégrée sur le marché du cloud IA privé, là où les hyperscalers restent généralement des prestataires externes.

Le marché du cloud IA privé, terrain de jeu encombré

Le positionnement d’IREN cible un segment précis : les organisations qui veulent de la puissance GPU sans dépendre des tarifs et des conditions des grands clouds publics. Banques, laboratoires pharmaceutiques, administrations. Des structures qui ont des contraintes de souveraineté ou de conformité qui compliquent la migration vers AWS GovCloud ou Azure.

Ce marché existe. Mais il est déjà occupé. CoreWeave, qui a levé 1,1 milliard de dollars en 2024 avant son introduction en bourse, joue exactement dans cette cour. Lambda Labs, Vultr, et même des acteurs européens comme Scaleway ou Gcore se battent pour les mêmes contrats. La différence qu’IREN tente de construire, c’est l’intégration native entre l’infrastructure physique et la plateforme logicielle.

Mirantis a connu des turbulences. Son pivot d’OpenStack vers Kubernetes a été réussi sur le plan technique, moins sur le plan commercial. La société a licencié une partie de ses équipes en 2022. Sous l’ère IREN, la question est de savoir si l’expertise reste ou si les ingénieurs clés vont voir ailleurs, un risque classique dans les acquisitions de sociétés dont la valeur principale est humaine, pas matérielle. Comme Nick Fury assemblant les Avengers, IREN mise sur la cohésion d’une équipe dispersée pour tenir le rang.

Ce que ça change concrètement pour les entreprises européennes

Pour une DSI française ou allemande qui cherche à déployer des modèles de langage en interne sans passer par les hyperscalers américains, cette combinaison IREN-Mirantis représente une option supplémentaire. Pas nécessairement la plus simple à évaluer : IREN reste une société australienne cotée à New York, avec des datacenters principalement aux États-Unis et au Canada.

Le règlement DORA pour les institutions financières, le RGPD, et les premières exigences de l’AI Act européen poussent pourtant un nombre croissant d’acteurs à chercher des alternatives aux clouds publics américains. Si IREN investit dans des capacités européennes, ce que la société n’a pas encore annoncé, l’acquisition de Mirantis prend une dimension différente pour ce marché.

Pour l’instant, le deal reste surtout une consolidation nord-américaine dans un secteur qui se structure vite.

La vraie question est celle-là : peut-on construire un cloud IA crédible en partant d’un héritage de minage Bitcoin, ou l’ADN d’une entreprise finit-il toujours par rattraper son repositionnement ?