965 milliards de dollars. C’est la valorisation qu’Anthropic a obtenue le 28 mai 2026 en bouclant un tour de série H de 65 milliards de dollars. En trois mois, la startup californienne a presque triplé sa valeur : elle était estimée à 380 milliards de dollars en février 2026. Le mot “licorne” commence à paraître insuffisant.
Cette levée serait la dernière avant une introduction en Bourse attendue d’ici la fin de l’année.
Altimeter, Sequoia et un tour de force à 965 milliards
Le tour a été mené par Altimeter Capital, Dragoneer, Greenoaks et Sequoia Capital. Quatre noms qui n’investissent pas dans des paris incertains. Leur présence envoie un signal aux marchés : Anthropic ne ressemble plus à une startup, elle se comporte déjà comme une entreprise cotable.
La valorisation obtenue place Anthropic devant OpenAI, estimée à 852 milliards de dollars en mars 2026. Un retournement de situation qui aurait semblé improbable il y a un an, quand ChatGPT écrasait les comparatifs de notoriété et d’usage. Claude a gagné du terrain, pas seulement dans les benchmarks.
Le directeur financier Krishna Rao a confirmé le 29 mai 2026 que le chiffre d’affaires annualisé d’Anthropic avait dépassé 47 milliards de dollars plus tôt en mai. Un chiffre qui légitime la valorisation, du moins sur le papier.
Une IPO sous haute tension financière et concurrentielle
La séquence est presque trop propre. Valorisation doublée, puis triplée, chiffre d’affaires annoncé en hausse, IPO en vue. Anthropic coche toutes les cases d’une narrative de croissance destinée aux investisseurs institutionnels. Les marchés aiment les histoires simples, et celle-ci s’écrit avec soin.
Sauf que l’IA générative reste un secteur où les coûts d’infrastructure sont massifs. Entraîner et faire tourner des modèles comme Claude exige des dépenses en calcul qui se chiffrent en milliards. Une introduction en Bourse, c’est aussi le moment où ces réalités comptables deviennent publiques, trimestrielles, commentées par des analystes peu patients.
Même Bruce Wayne doit rendre des comptes à son conseil d’administration. Anthropic, qui a longtemps cultivé une image d’entreprise “à mission” axée sur la sécurité de l’IA, va devoir réconcilier cette posture avec les exigences d’une croissance rentable visible sur les marchés publics.
La concurrence ne va pas s’arrêter pour autant. OpenAI, Google DeepMind, Meta et plusieurs acteurs émergents continuent d’investir massivement. Dépasser OpenAI en valorisation n’est pas une victoire définitive, c’est une photographie d’un mois de mai 2026.
Ce que ça change pour les entreprises européennes
Pour les organisations françaises et européennes qui s’appuient sur Claude via l’API d’Anthropic ou via AWS Bedrock et Google Cloud, cette concentration de capital n’est pas neutre. Quand un fournisseur atteint une telle capitalisation avant même son introduction en Bourse, son pouvoir de négociation sur les conditions tarifaires et contractuelles augmente mécaniquement.
L’Europe n’a pas, en mai 2026, d’équivalent à cette échelle. Mistral AI reste incomparable en taille de financement. Les entreprises du continent qui ont parié sur des modèles américains pour leurs usages critiques voient leur dépendance s’alourdir un peu plus à chaque tour de table annoncé depuis San Francisco.
Si l’IPO d’Anthropic se concrétise avant la fin de l’année, ce sera aussi le moment de voir si les promesses de croissance résistent à l’examen des chiffres trimestriels réels.
Quand une entreprise “à mission” entre en Bourse, qui décide vraiment de la mission ?



